mardi 27 février 2007

C'était un petit jardin (1/5)

Près de chez nous, de passage à Grenoble, quand notre petit appartement donnait sur une traverse qui semblait rejoindre les Kilimandjaros. C'était au printemps 2006. Là où trônait un vieux cerisier en fleur n'est plus à ce jour qu'un lointain cliché furtif:


Un graffiteur avait eu l'intelligence poétique de signifier ce dont tout le monde rêve ici-bas: un terrain vague pour des bambins échappés de Mon Oncle, un coin tranquille pour les amoureux se tortillant dans les herbes folles qu'on dit mauvaises, un bout de jachère pour les beaux yeux des passants en mal de déjeuner sur l'herbe... Autant d'interstices de liberté qui auraient rendu envieux n'importe quel promoteur!

A la place? Un bloc de béton a dû supplanté l'endroit et changé l'horizon d'une cuvette qui ne cesse de se densifier. Gommer la campagne intramuros reste une obsession toujours rentable.

Aujourd'hui, en regardant à nouveau cette photo prise à la va-vite, je me dis qu'un déclic subliminaire s'est peut-être produit... Que faut-il pour être heureux?

lundi 26 février 2007

Associer pour mieux cultiver

Optons pour l'association des plantes potagères! Les salades aimeraient la betterave, l'épinard, le radis... Et cet amour-là serait réciproque. Voilà une idylle de jardin bien intéressante: certaines plantes favoriseraient les micro-organismes utiles aux autres ou au contraire repousseraient nombre d'indésirables et de maladies. L'idole du jardin serait l'oignon en protégeant toute la maisonnée du mildiou et de la pourriture.

Nos voisins sont plus simplement adeptes des produits chimiques. Ils ne s'embarrassent pas de ce genre de cultures peu conventionnelles. Il n'y a pourtant rien de plus traditionnel! Ne trouve-t-on pas chez tous les jardiniers de plus de 60ans l'oeillet d'Inde planté en longues bandes latérales? Ce n'est pas que pour la déco puisqu'il s'agit d'un excellent répulsif contre les nématodes (parasites des plantes).

vendredi 23 février 2007

bêcher or not bêcher




« Ils se consultaient mutuellement, ouvraient un livre, passaient à un
autre, puis ne savaient que résoudre devant la divergence des opinions.» Bouvard et Pécuchet, Flaubert.


Habituellement, on ne se soucie pas de la vie des vers de terre, mais lorsqu’on se lance dans le jardinage ça devient une question centrale. Il paraîtrait qu’il ne faut pas trop contrarier ces amis du jardinier, voir même ne pas les déranger du tout. Ils n’aimeraient pas, alors qu’ils se promènent tranquillement dans leurs galeries familières, se retrouver d’un seul coup à la surface de la terre. On nous conseille alors de ne pas bêcher du tout le sol et de semer telles quelles les graines. Des chapitres entiers y sont consacrés. On est presque tenté de suivre ce chemin lorsque dans un autre ouvrage, moins écolo il est vrai, on nous parle du travail indispensable du bêchage et du défonçage.

Résultat : nous avons commencé à bêcher avec une fourche- bêche en prenant bien soin de laisser ça et là des feuilles de choux hachées… Histoire de ne pas affamer complètement nos chers souterrains.

jeudi 22 février 2007

Bouvard et Pécuchet

A quel point ce curieux livre demeure vivace! Dans ce dernier roman inachevé, Flaubert cherchait en quelque sorte à ridiculiser la bêtise humaine.
Combien sont-ils à faire comme ce double «personnage conceptuel» ? La velléité de ceux qui croient pouvoir tout faire en une vie… et oublier ainsi l’essence qui les constitue. Au dixième chapitre, Flaubert voulait qu’ils revoient leurs copies de jardinier, d'éducateur, de géologue, de chimiste, etc.: après l’échec de toutes leurs expériences, les deux héros se seraient attelés à un gigantesque travail de copie – retrouvant ainsi ce qui avait été jadis leur métier nous prévient-on en introduction. Cet immense labeur enfin jouissif devait figurer dans un «second volume» resté lettre morte sous la forme d’un Sottisier qui aurait peut-être pu commencer par :

« Je comparerais volontiers le
cultivateur au moment de la moisson à un
général d’armée au moment d’une
bataille (grande pensée). »

A. de Roville, La Maison rustique.

Quelle leçon pour celui qui considérait «la fin de Candide : cultivons notre jardin » comme « la plus grande leçon de morale qui existe»… Queneau ne se trompe pas quand il écrit dans sa préface de 1947 que Bouvard et Pécuchet s’inscrit parmi les grandes odyssées de la littérature - forcément profane.
Voilà qui donnerait bien à philosopher pour toute une génération fin de siècle hantée par le fait de devoir « réussir sa vie » plutôt que de la vivre.


mercredi 21 février 2007

La retraite de Nanar

Qu’il est malaisé de croire qu’une retraite s’improvise… surtout quand on vient de passer 40 années de sa vie à trimer sans compter. Sauf que voilà, en jeune retraité, Nanar se donne du mal pour savoir ce qu’il pourrait bien faire du haut de son immeuble parisien – à part compter les pigeons?
Locataire depuis toujours, il est le dernier « soixante-huitard » à s’être interdit tout instinct de propriété. Aujourd’hui, il le regrette peut-être un peu pour songer épargner a contrario. Mais n’est pas petit-bourgeois qui veut !
Heureusement que nous faisons de notre jardin une histoire de famille. Car, nous qui sommes si bricolos dans l’âme, on l’a convié à venir de temps à autre dans le Nord. Ainsi il pourra réaliser un vieux rêve de gosse : construire une cabane au fond du jardin. Ce qui est chose faite.
Merci à toi, vieux Chien mouillé !

lundi 19 février 2007

Briqueterie


Dans le jardin post-ouvrier, à la moindre ondée, tout devient glaise.
La brique provient de cette fameuse terre argileuse. Édifiant, tout ce qu’a pu bâtir ce petit parallélépipède rectangle, cuite au four ou séché au soleil, depuis l’Antiquité… La nôtre étant bien entendu industrielle! Puisque le mot nous vient du vieux néerlandais « bricke », j’en profite pour évoquer un court-métrage injustement méconnu, Klinkaart (La Briqueterie) du cinéaste belge Paul Meyer (1956):

http://www.nova-cinema.org/main.php?page=prog/94/courtsmeyer.fr.htm

Pourvu qu'avec le potager à venir, je ne bouffe pas des briques...

dimanche 18 février 2007

La brique, c'est chic?

Vous voyez la rue déserte avec ces autos endormies le long de la perspective. Le triste alignement des maisons imbriquées, toutes pareilles que seules les poubelles renversées par le vent parviennent à briser. Vous voyez… âme qui vive? Un matin comme celui-là quand d’un rayon la brique se réveille chaleureuse et illumine la vieille cité endolorie. Vous voyez … le soleil rougir les murs, ça vous change une ville.

samedi 17 février 2007

Jardin en hiver

Voici la gueule du jardin: une terre dévastée persillée jonchée de cailloux… Passation faite, demeurent deux probos (prolétaires bohèmes) qui se retrouvent bras ballants devant une parcelle en friche, accolée à une vieille usine en brique. Puisque l’hiver est là, comment ne pas s’engourdir par avance? Parce que nous justement, on n’est pas des manuels… Paradoxe qu’il faudra bien relever pour ceux qui ont toujours vécu dans un environnement intra-muros, pour ceux qui ont toujours activé leur méninges au détriment du reste… Et ce reste de sang paysan, quoi en faire si ce n'est de retrouver un peu de nos racines rurales mal’chez nous… La démangeaison, c’est bien de ça qu’il s’agit. A coup de bêche, transpirer de vie, faire corps avec la terre, visage en plein air, la pensée en-dehors de soi, quand passent les 4 saisons.