jeudi 22 février 2007

Bouvard et Pécuchet

A quel point ce curieux livre demeure vivace! Dans ce dernier roman inachevé, Flaubert cherchait en quelque sorte à ridiculiser la bêtise humaine.
Combien sont-ils à faire comme ce double «personnage conceptuel» ? La velléité de ceux qui croient pouvoir tout faire en une vie… et oublier ainsi l’essence qui les constitue. Au dixième chapitre, Flaubert voulait qu’ils revoient leurs copies de jardinier, d'éducateur, de géologue, de chimiste, etc.: après l’échec de toutes leurs expériences, les deux héros se seraient attelés à un gigantesque travail de copie – retrouvant ainsi ce qui avait été jadis leur métier nous prévient-on en introduction. Cet immense labeur enfin jouissif devait figurer dans un «second volume» resté lettre morte sous la forme d’un Sottisier qui aurait peut-être pu commencer par :

« Je comparerais volontiers le
cultivateur au moment de la moisson à un
général d’armée au moment d’une
bataille (grande pensée). »

A. de Roville, La Maison rustique.

Quelle leçon pour celui qui considérait «la fin de Candide : cultivons notre jardin » comme « la plus grande leçon de morale qui existe»… Queneau ne se trompe pas quand il écrit dans sa préface de 1947 que Bouvard et Pécuchet s’inscrit parmi les grandes odyssées de la littérature - forcément profane.
Voilà qui donnerait bien à philosopher pour toute une génération fin de siècle hantée par le fait de devoir « réussir sa vie » plutôt que de la vivre.


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