mardi 27 mars 2007

La connerie ambiante

La question se pose : comment allumer une lanterne dans le noir ? Il en devient de même quand il s’agit de vouloir faire un potager « bio » dans un environnement aussi propre ! A commencer par les jardins eux-mêmes, tenus par de vieux bonshommes à la retraite qui jardinent comme on laverait sa voiture en pleine canicule (c’est-à-dire en utilisant tout ce qu'on peut trouver légalement dans n’importe quelle jardinerie de grande distribution).
La proximité d’une cheminée éteinte n’arrange pas non plus, étant donné que le jardin dit collectif a été conçu sur une ancienne friche. Dire que tous les sites anciennement industriels sont extrêmement pollués serait un sale pléonasme. Le sol est peut-être chargé en métaux lourds –qui sait ? En outre, l’eau de pluie qui sert pour les cultures contient probablement des particules toxiques provenant de l’agriculture productiviste -qui sait? L’air de la métropole complètement saturé en gaz à effet de serre -Et cætera.

En clair, si je dresse ce rapide tableau à la Tchernobyl, c’est qu’on ne se sent pas moins déshérité.

Delivery
Vidéo envoyée par titouille

samedi 24 mars 2007

Coolisimo

Un matin, le facteur sonna à la porte de l'Homme tranquille. C'était un colis. La porte se referma aussitôt sur une Bonne journée!
Biaugerme* venait de lui expédier ses graines commandées sur le Net quelques jours auparavant. Alors, l'Homme tranquille contempla le cube en carton.
Comme la joie s'accroît avec patience !
Tout était là, bien en place, dans de petits sachets artisanaux: trèfle violet, radis, camomille... et comme le temps s'égraine. Il remit délicatement les sachets un à un, puis referma la boîte béatement en songeant au temps qu'il faudrait pour les semer.
Comme la joie s'accroît avec patience !



* semencier biologique

jeudi 22 mars 2007

Ennemi public N°1

C'est en ratissant le terrain que nous avons pu constater l'ampleur du fléau... Sous les cailloux, les copeaux de bois... Un peu partout. On nous avait pourtant prévenu, ces massacreurs de potager ne font pas dans le détail. Elles sont gargantuesques et terriblement sournoises, dévorant la nuit se terrant au petit jour... Ce sont des ripailleurs invertébrés!

A l'instar des autres jardiniers, Monsieur Gomez nous conseille la solution promotionnelle: des graines anti-limaces d'un bleu chimie plus que douteux... Il nous a même filé un godet rempli à ras bord pour l'épandre autour de notre carré de jeunes laitues. Le lendemain, leur bave sèche indiquait le lieu de l'hécatombe. Enfin, prenons-le comme un simple test puisque nous avons opter pour de vraies solutions alternatives: Les voilà ou plutôt les voici:


1) "S'ils rencontraient un limaçon, ils s'approchaient de lui, et l'écrasaient en faisant une grimace du coin de la bouche, comme pour casser une noix." Bouvard et Pécuchet, Flaubert.




2) Vu qu'il y en a en pagaille, vaudrait mieux ouvrir un "bistro" à l'aide de petits pots en verre remplis de bière, enfoncés au ras du sol, et, placés aux quatre coins du futur potager. En guise d'happy hour... Le lendemain, on retrouve nos noceurs noyant encore leur appétit dans l'alcool.

3) Outre ce secret de polichinelle qui a l'inconvénient d'attirer tous les alcooliques gastéropodes du coin, il en existe d'autres comme ces gîtes où l'on sert de la salade à volonté sous une tuile ou une planche en bois. Il suffirait de les recueillir grassement de temps en temps et couic...


4) Hélas, toutes ces tentatives s'avèrent "inefficaces" tant notre potager sandwich demeure un passage fréquenté par les limaces des autres parcelles.
Pour l'instant, nous conseillerons notre solution promotionnelle à Monsieur Gomez et aux autres jardiniers pour qui "bio" veut dire encore gros mot: de nouvelles graines anti-limaces d'un vert pas garanti 100% à base de phosphate de fer.

Affaire à suivre...

mercredi 21 mars 2007

Pensée printanière

"Voilà le soleil, on l'attendait plus c'ui là
Qui fait fumer le vieux goudron mouillé
A moins que ce soit les phares d'une balayeuse
Qui raclent dans la nuit toutes les saloperies..."

Extrait du Monument aux Oiseaux de François Béranger (1971)

A notre fleur insoumise de la chanson française, arrachée un 14 octobre 2003... Bella Ciao

"Voilà le Printemps, on l'attendait plus c'ui là..."

lundi 19 mars 2007

Ermitage misanthrope ou réclusion maquisarde?


Volem rien foutre al pais. Un film sur ceux qui ne veulent rien foutre. Ce pourrait être l'interprétation de celui qui divise l'humanité en deux catégories: les travailleurs et les paresseux. Seulement, la réalité est plus subtile et nous voyons des besogneux s'activer en dehors du travail salarié. C'est cette subtilité que nous montre Pierre Carles: ce n'est pas la fin de l'histoire, ce qui a existé peut cesser d'être. Pour cela il faut s'autoriser à imaginer le monde autrement, à rejeter les évidences et les préjugés. On peut l'imaginer au fin fond de la campagne, dans une maisonnette entourée de champs, comme en pleine cité, dans des immeubles abandonnés.
Dans une de ces maisonnettes, des hommes vivent et fabriquent ce qu'ils allaient auparavant chercher au supermarché, cassant ainsi une chaîne logique qui voudrait qu'on ne peut vivre sans consommer, ni consommer sans argent. Le bien-être des hommes ne dépendrait donc pas de la taille de leur porte-monnaie, autrement dit "l'argent ne fait pas le bonheur" n'est pas qu'un adage réconfortant mais un véritable questionnement sur la marchandisation du monde. Et les conserves de bonheur auraient comme un goût de standardisé.

Un cheval tire des fagots. Deux hommes le suivent. Le rythme est lent mais rien ne presse. Harcèlement moral, stress au travail, Valium n'ont pas de place ici. L'ont-ils connu? On ne sait rien d'eux. Dommage de n'avoir qu'un instantané d'un parcours de vie. C'est comme si Pierre Carles nous disait voilà ça existe sans nous permettre de savoir comment ça existe et comment ils persistent. Il veut tout simplement nous convaincre, prenant peur de nous voir abandonner le navire à la moindre avarie. Seulement ce n'est pas une fable que nous attendons et la morale de l'histoire ne peut être: "et ils vécurent heureux". Et ce n'est pas diminuer ces expériences que d'en montrer les limites.

Fin du film, générique. Le public reste attentif. Une jeune femme s'étire satisfaite: "si on allait en Ardèche?" demande-t-elle à son ami, comme après un film promotionnel. Voilà, tout ça réduit au folklore des montagnes, du soleil et du bon pain. A moins que ce ne soit pas seulement son goût pour les vacances qui l'ait influencé. Pierre Carles, à vouloir exposer et faire exposer à ses interlocuteurs une idée, un raisonnement, n'a-t-il pas omis de nous montrer une pensée en acte? Plutôt que de laisser un micro ouvert de journaliste trop pressé, il aurait été intéressant de s'attarder un peu à les regarder vivre et incarner leurs idées.
Il reste que s'attaquer à une évidence telle que "travailler fait la valeur d'un homme" ouvre un débat courageux et indispensable.

dimanche 18 mars 2007

Topinambour (3/3)

Lorsqu'on ne jardine pas, on se rend régulièrement à la MiE, la maison des sans-emploi... Ben ouais, là-bas on en profite pour naviguer sur Internet où l'on expédie de temps à autre des posts comme celui-ci. Il nous arrive aussi de taper la causette avec les animateurs sociaux comme ferait un habitué avec son bistrotier. Parmi eux, il y a Florentin, "un bon gars" comme ils disent ici. Dès qu'on l'a vu, le sourire est revenu, le peu de foi en l'homme avec...
Quel grand lunaire! Inutile que je vous taille son portrait façon Libé, les humbles valent toujours mieux...
Un soir, on invita Florentin et sa romaine Nadja à dîner dans l'attente de satisfaire une curiosité boulimique. Au menu et au four, il y avait un gratin de topinambours à la béchamel que nous sûmes partager entre gourmets.

Prochainement sur votre écran:
Coup de projo sur le dernier film de Pierre Carles & co qui, 5 ans après Attention Danger Travail, récidivent avec les "déserteurs du monde du travail"... Histoire de vérifier si la maxime Ne pas perdre sa vie à la gagner reste d'actualité militante.

samedi 17 mars 2007

vendredi 16 mars 2007

Topinambour (2/3)

Nous venons d’enterrer 10 petits tubercules au fond du jardin. On espère qu’un jour viendra une haie haute de 2m pour camoufler le dépotoir du voisin invisible. Si tout se passe bien, il faudra attendre l'automne prochain pour savoir si ce légume qu'on dit rustique fera des émules et d'aussi belles fleurs jaunes...

jeudi 15 mars 2007

Socialement vôtre

Sur notre champ de bataille il y a un arbitre qu'on appelle adulte-relais dans le secteur social. Tu le vois arriver l'air faussement ravi, bizarrement émerveillé des avancées de notre travail, sa feuille d'émargement à la main. Tu peux difficilement l'éviter.
Il vient deviser avec nous de la super promo de terreau qu'il a vu chez machin à droite avant le rond-point près du canal. C'est bien seulement en hiver le soleil se couche tôt.
Heureusement notre précieux voisin prend le relais.

Monsieur Gomez:
"T'as vu l'autre comment il bêche, il fait un trou comme ça, et l'autre il est jamais là. Ah! Regarde qui voilà, le plus paresseux des jardiniers!"

J'ai un mouvement d'arrêt. Your neighbour is watching you...

mercredi 14 mars 2007

Topinambour (1/3)

Autrefois, on l'appelait joliment la "poire de terre" avant qu'elle ne soit supplantée au XVIIe par la célèbre "patate" ramenée elle aussi des Amériques. Depuis quelques temps, on note pourtant son retour en grâce tant il est vrai que cette drôle de tubercule, tantôt rosée tantôt jaune pâle, a bon goût de fond d'artichaut.

Nous l'avons découvert cet hiver, non pas sur un étal de centre-ville estampillé "produits du terroir" pour bobos à 10 euros/kilo, mais sur un marché bien popu de Roubaix. Là, une famille de maraîchers -pas revendeurs pour un sou- vendent directement leurs légumes de saison fraîchement cueillis. Sans vouloir prendre des accents coffiens, heureusement qu'ils existent encore ces gens-là... Avec de bons produits à bon marché!
Surtout quand vous revenez avec un sac rempli à 1 euro le kilo, il n'y a vraiment pas de quoi pavaner auprès de votre entourage si distingué...

C'est oublié que jusqu'à peu, le topinambour gardait encore dans l'estomac des Français un relent d'Occupation et de triste rationnement. Heureusement la mode finit toujours par revenir pour le meilleur des tubercules
.

mardi 13 mars 2007

Une journée ordinaire

Regard à droite, regard à gauche, rien à signaler, tout est calme aujourd’hui. Tant mieux, on travaille au soleil et que le reste du monde s’écroule. « Il est midi et vous êtes sur Nostalgie, et tout de suite Laurent Voulzy avec… chrrrr, chrrr, chrr». Ça y est le poste radio du voisin tombe en panne. J’aimais bien l’entendre siffloter. De toute façon c’est l’heure du repas. Il range ses outils, ferme sa cabane à clef, la barrière de son jardin à clef et nous regarde : c’est monsieur Gomez. Ouille on va pas y échapper, quelque chose le dérange. C’est la délimitation de notre jardin qui n’est pas bien nette, il faudrait une petite clôture dans le genre de … la sienne. Ce que l’homme est vaniteux. On acquiesce sans conviction reculant ainsi le moment terrible de la grande révélation : il n’y aura pour seule clôture qu'un parterre de fleurs. Salut.

Mais nous ne restons pas seuls ce jour-là, silencieusement un jardinier à la casquette rouge, moins bouddhiste que CGTiste, dans un geste simple nous donne un pied d'artichaut. Première plantation, petite joie.

lundi 12 mars 2007

La République potagère (5/5)

(Slam-Punk-Afro-Greencore)

En matière de politique fiction, il y aurait bien des mesures à prendre...
Mais je ne sais pas si c'est la période qui veut ça...
Y'a personne pour s'prendre la tête... la réalité a un chou!
Y'a personne pour avoir un coeur... l'utopie c'est artichaut!

Par-delà le quinquennat présidentiel,
Tristement virtuel,
Dangereusement réel
Qui se profile et file comme un MIRAGE 2000...

2 plus...

Pour tous ceux et celles qui veulent retourner sur Terre.
Pour tous ceux et celles qui subissent la galère.
Pour tous ceux et celles qui bouffent d'la misère
Pour toutes celles et ceux...
Qui rêvent d'un lopin de terre
C'est la REPUBLIQUE POTAGERE qu'il nous faut... LA REPUBLIQUE POTAGERE!!!

Des régimes banania aux démocraties bananières,
Partout, plantation
Exportation
Transformation
Consommation... Exploitation!
Partout... la même bannière
Partout... les mêmes ornières.

Que se décrète enfin
En ce début de nouvelle ère,
La fin des oligarchies le retour des phalanstères
Où bientôt des petits cols verts
Pousseront dans des coop' maraîchères

BIOOOO

Pour tous ceux et celles qui veulent retourner sur Terre,
Pour tous ceux et celles qui subissent la galère,
Pour tous ceux et celles qui bouffent d'la misère,
Pour toutes celles et ceux...
Qui rêvent d'un lopin de terre,
C'est la REPUBLIQUE POTAGERE qu'il nous faut... LA REPUBLIQUE POTAGERE!!!

samedi 10 mars 2007

Portugal/Algérie: 0-0

Une véritable ligne de partage, une division presque géométrique, sépare les huit premiers jardins des trois derniers, en deux clans distincts qui s’affrontent sur deux conceptions du jardinage. Et les croisillons de bois qui délimitent les parcelles n’y peuvent rien. Une guerre sournoise s’insinue entre ces apparemment paisibles jardiniers pour une gloire qui mérite tous les coups bas : le prix du « plus beau jardin 2007 ». Au poste frontière, c’est notre jardin. Idéal pour observer les deux clans s’affronter, n’importe quel grand reporter de guerre en rêve !
Ceux qui nous ont accueillis ce sont les stakhanovistes du jardinage. Ils sont là tous les jours, de tout temps, ont une idée très précise sur tout. On te dit qu’ils pourront t’aider. C’est bien quand tu le veux! Le plus souvent tu as à peine le temps d’imaginer creuser un trou que, pouf, apparaît un pré-retraité en bleu de travail, pour te prendre ta bêche et se voir, pouf, comme dix ans auparavant en contremaître.
De l’autre côté, c’est plus calme. Ils sont là de temps en temps quand il fait beau, retournent la terre, plantent leurs oignons. Tranquillement. Ça va ? Et vous ? Oui, oui, ça va. Bon ben si ça va, ça va.

vendredi 9 mars 2007

L'orme du Caucase (4/5)

Récemment j'ai lu un recueil de nouvelles d'une rare sensibilité qui prolonge à merveille notre thématique hors Idefix. Petit détour par le Japon avec le maître du "manga littéraire" Tanigushi et le nouvelliste Utsumi.

Ce premier récit éponyme nous invite, dans une tradition teintée de taoïsme, à inverser la relation que l'homme entretient avec la nature : quelle place accorder à l'homme? L'humilité devrait être la posture appropriée pour que les hommes s'émeuvent ensemble devant les mystères posés par la nature, personnifiée ici par un vieil orme majestueux.

Extrait:
"L'orme habitait ici avant moi. Puis je me suis installé et ce n'est que bien plus tard que des maisons ont commencé à se construire alentour. Aujourd'hui on va l'abattre parce qu'il perd ses feuilles... Mais le vrai problème, c'est l'égoïsme de ceux qui sont arrivés après lui." P.26

Bien sûr j'aurais pu vous en dire plus... mais j'ai trouvé mieux.

Prochainement sur votre écran:
La République Potagère qui clôturera en slam-chanson le cycle du "petit jardin".

mercredi 7 mars 2007

Où se procurer des graines?

Le réflexe serait de prendre naturellement sa voiture, se taper un bouchon sur le périph’, prendre la sortie en direction de la zone commerciale, se garer devant Jardiland, prendre machinalement un caddie et entrer comme par désenchantement : ça c’est le circuit pavlovien de l’ « Homme pressé » qui veut consommer.
Il existe un autre moyen bien plus apaisant : un simple coup de fil et ils vous envoient illico leur catalogue de graines biologiques par la Poste : ça c’est le circuit oblomovien de l’ « Homme tranquille » qui prend son temps.
Nous, on a fait les deux… pour jauger.


«Acheter des graines biologiques est une façon de soutenir un mode de production artisanal et respectueux de l’environnement. Il faut savoir que les autres graines –et notamment hybrides– sont le quasi-monopole de grands groupes agroalimentaires.» J-Paul Thorez, Le Guide du jardinage biologique, p.93.

N’ayant pas beaucoup d’argent à consacrer au jardin, nous avons d’abord tournoyé dans Jardiland à la découverte d’un monde qui nous était jusqu’alors totalement inconnu. Les plantes… L’outillage… Enfin les présentoirs de graines selon les marques.
Seulement, de rayon en rayon, une forte odeur chimique persistait… Fongicide, pesticide, insecticide… Alors nous sommes sortis de ce bazar hautement cancérigène avec 3 petits sachets d’avance :
1) du gazon japonais pour enjoliver facilement les abords de l’abri,
2) de la sauge pour se faire plaisir,
3) des œillets d’Inde pour les cultures associées.

Alors l’Homme pressé chuchota à l’oreille de l’Homme tranquille :
« T’avais raison, ça pue ici.. Allons voir ailleurs si l’herbe est plus verte !
« C’est tout ?
– Et ils s’en allèrent illico en 205 Génération. Pécaïre ! »

mardi 6 mars 2007

Le sauveur de petit jardin (3/5)

Très bien, on devine que je serais plutôt du genre A bas la propriété privée! et tout le tralala "socialiste libertaire" rendu tabou -et pour cause- par notre totem-monde. Soit!
Cela ne m'empêche pas pour autant d'avoir une grande estime pour tous les sauveurs de petit jardin... A l'instar de cet ingénieur à Grenoble, Florian Porte, qui préféra acheter l'appartement d'une vieille dame décédée avant qu'un croque-promotteur ne veuille transformer son jardin en parking privé. C'est pour moi, la preuve vivante que derrière une affaire de gros sous se cache parfois un beau conte pour adultes. Surtout quand le propriétaire en question vous ouvre aussi facilement la porte... à coeur battant.

lundi 5 mars 2007

Qui sème


C'était par une rare journée ensoleillée. Nous venions de quitter notre jardin fraîchement retourné. En face, une immense pelouse s'étalait sur ce qui jadis avait été une fabrique de chaipaquoi et dont il ne restait plus qu'une cheminée en ruine.

Nous apercûmes deux jardiniers de la ville tout de vert vêtu qui avançaient en ligne sur les traces boueuses laissées par le rodéo des motos certains week-end vroum-vroum.

De loin, ils avançaient lentement, sac en bandoulière. D'un geste antique, ils semèrent à la volée du gazon. L'intrusion d'une grâce paysanne nous émerveilla le temps d'une courte semence. Ce tableau-là, quand la franche poignée nourrit d'une nuée de graines la terre, Van Gogh l'aurait peint et repeint.

samedi 3 mars 2007

Jacques Dutronc : Le Petit Jardin (2/5)



Comme pour parodier un blog qui m'est cher, je vous propose exceptionnellement les milles et surtout une chanson.
Le Paris populaire a toujours respiré le bagout, le spleen et la nostalgie au travers de chansons qu'on ne compte plus. Le grand parolier qu'était Jacques Lanzmann s'inscrivait dans ce sillon-là. Si l'air paraît un tantinet rétro, le thème n'a pourtant pas pris une ride. Cette complainte, ultime tube et dernière collaboration de Dutronc, dénonce parfaitement les méfaits d'une urbanisation à outrance. A l'époque, Pompidou voulait "moderniser" la France et bien sûr Paris, sa vitrine. La Défense apparaissait enfin. Sur les berges de la Seine, les autoroutes se développaient enfin. Les Halles allaient disparaître enfin... Une nouvelle humanité post-industrielle naissait comme des playmobiles tandis que le chef d’œuvre de Jacques Tati, Playtime, avait connu un flop par péché d'anticipation. Allez donc voir du côté du nouveau quartier construit autour de la BNF (13ème arrdt.) pour admirer Tativille 2, vous aurez peut-être la chance de voir des cadres faire du fitness derrière les grandes baies vitrées, à la tombée de la nuit.

De nos jours, c'est le Tout-Paris bourgeois-bobo (cher à ce fils de... Delerm) qui plastronne sottement. On aurait perdu quelque chose en route? A coup sûr, une certaine élégance gouailleuse qu'aimaient cultiver les Deux Jacques.

Paroles

C'était un petit jardin
Qui sentait bon le métropolitain,
Qui sentait bon le bassin parisien.
C'était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin,
Avec deux arbres un pommier et un sapin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin
Mais un jour, près du jardin,
Passait un homme qui, au revers de son veston,
Portait une fleur de béton.
Dans le jardin une voix chanta:

"De grâce, de grâce,
Monsieur le Promoteur,
De grâce, de grâce,
Préservez cette grâce.
De grâce, de grâce,
Monsieur le Promoteur,
Ne coupez pas mes fleurs."

C'était un petit jardin
Qui sentait bon le métropolitain,
Qui sentait bon le bassin parisien.
C'était un petit jardin
Avec un rouge-gorge dans son sapin,
Avec un homme qui faisait son jardin,
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.
Mais un jour, près du jardin,
Passait un homme qui, au revers de son veston,
Portait une fleur de béton.
Dans le jardin une voix chantait:

Refrain

C'était un petit jardin
Qui sentait bon le bassin parisien.
A la place du joli petit jardin,
Il y a l'entrée d'un souterrain
Où sont rangées comme des parpaings
Les automobiles du centre urbain.
C'était un petit jardin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.
C'était un petit jardin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.

N.B: Que Villon retourne à la potence! En trente ans, jamais capitale n'aura perdu autant de son aura populaire. Les héritiers du Baron Haussmann auraient-ils réussi à conquérir l'esprit revêche de Paname? On comprend alors que derrière le terme policé de "gentrification", on tait le nettoyage social des centres-villes; on oublie l'exode forcé qui, de Paris à Marseille, conduit les "classes laborieuses, classes dangereuses" toujours plus loin, vers la périphérie. Le pauvre n'a décidément plus droit de cité.

vendredi 2 mars 2007

Système résiduel


Chez Renault des salariés mettent fin à leur vie. Des millions de personnes consomment chaque jour des psychotropes pour résister au stress d'une vie automatisée. Pendant ce temps-là Pierre Carles nous montrent des RMIstes heureux. Une vie hors-consommation. Le bonheur est dans l'à-côté. Pas si simple. Même si le monde du travail est dans bien des cas un monde carcéral, ne pas en faire partie n'épargne pas, ne protège pas des violences sociales. Alors, comme d'autres, on fait des missions Adecco "mieux travailler, mieux vivre". Juste pour faire partie de quelque chose le temps d'une journée. Pour nous il y a aussi le jardin, on bêche, on ratisse, et on se sent mieux les mains pleines de terre. Les relations humaines paraissent plus simples aussi quand on discute de semences, de plants, d'abeilles ou d'orties. Enfin c'est la potageo-thérapie.