lundi 19 mars 2007

Ermitage misanthrope ou réclusion maquisarde?


Volem rien foutre al pais. Un film sur ceux qui ne veulent rien foutre. Ce pourrait être l'interprétation de celui qui divise l'humanité en deux catégories: les travailleurs et les paresseux. Seulement, la réalité est plus subtile et nous voyons des besogneux s'activer en dehors du travail salarié. C'est cette subtilité que nous montre Pierre Carles: ce n'est pas la fin de l'histoire, ce qui a existé peut cesser d'être. Pour cela il faut s'autoriser à imaginer le monde autrement, à rejeter les évidences et les préjugés. On peut l'imaginer au fin fond de la campagne, dans une maisonnette entourée de champs, comme en pleine cité, dans des immeubles abandonnés.
Dans une de ces maisonnettes, des hommes vivent et fabriquent ce qu'ils allaient auparavant chercher au supermarché, cassant ainsi une chaîne logique qui voudrait qu'on ne peut vivre sans consommer, ni consommer sans argent. Le bien-être des hommes ne dépendrait donc pas de la taille de leur porte-monnaie, autrement dit "l'argent ne fait pas le bonheur" n'est pas qu'un adage réconfortant mais un véritable questionnement sur la marchandisation du monde. Et les conserves de bonheur auraient comme un goût de standardisé.

Un cheval tire des fagots. Deux hommes le suivent. Le rythme est lent mais rien ne presse. Harcèlement moral, stress au travail, Valium n'ont pas de place ici. L'ont-ils connu? On ne sait rien d'eux. Dommage de n'avoir qu'un instantané d'un parcours de vie. C'est comme si Pierre Carles nous disait voilà ça existe sans nous permettre de savoir comment ça existe et comment ils persistent. Il veut tout simplement nous convaincre, prenant peur de nous voir abandonner le navire à la moindre avarie. Seulement ce n'est pas une fable que nous attendons et la morale de l'histoire ne peut être: "et ils vécurent heureux". Et ce n'est pas diminuer ces expériences que d'en montrer les limites.

Fin du film, générique. Le public reste attentif. Une jeune femme s'étire satisfaite: "si on allait en Ardèche?" demande-t-elle à son ami, comme après un film promotionnel. Voilà, tout ça réduit au folklore des montagnes, du soleil et du bon pain. A moins que ce ne soit pas seulement son goût pour les vacances qui l'ait influencé. Pierre Carles, à vouloir exposer et faire exposer à ses interlocuteurs une idée, un raisonnement, n'a-t-il pas omis de nous montrer une pensée en acte? Plutôt que de laisser un micro ouvert de journaliste trop pressé, il aurait été intéressant de s'attarder un peu à les regarder vivre et incarner leurs idées.
Il reste que s'attaquer à une évidence telle que "travailler fait la valeur d'un homme" ouvre un débat courageux et indispensable.

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