
Comme pour parodier un blog qui m'est cher, je vous propose exceptionnellement les milles et surtout une chanson.
Le Paris populaire a toujours respiré le bagout, le spleen et la nostalgie au travers de chansons qu'on ne compte plus. Le grand parolier qu'était Jacques Lanzmann s'inscrivait dans ce sillon-là. Si l'air paraît un tantinet rétro, le thème n'a pourtant pas pris une ride. Cette complainte, ultime tube et dernière collaboration de Dutronc, dénonce parfaitement les méfaits d'une urbanisation à outrance. A l'époque, Pompidou voulait "moderniser" la France et bien sûr Paris, sa vitrine. La Défense apparaissait enfin. Sur les berges de la Seine, les autoroutes se développaient enfin. Les Halles allaient disparaître enfin... Une nouvelle humanité post-industrielle naissait comme des playmobiles tandis que le chef d’œuvre de Jacques Tati, Playtime, avait connu un flop par péché d'anticipation. Allez donc voir du côté du nouveau quartier construit autour de la BNF (13ème arrdt.) pour admirer Tativille 2, vous aurez peut-être la chance de voir des cadres faire du fitness derrière les grandes baies vitrées, à la tombée de la nuit.
De nos jours, c'est le Tout-Paris bourgeois-bobo (cher à ce fils de... Delerm) qui plastronne sottement. On aurait perdu quelque chose en route? A coup sûr, une certaine élégance gouailleuse qu'aimaient cultiver les Deux Jacques.
Paroles
C'était un petit jardin
Qui sentait bon le métropolitain,
Qui sentait bon le bassin parisien.
C'était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin,
Avec deux arbres un pommier et un sapin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin
Mais un jour, près du jardin,
Passait un homme qui, au revers de son veston,
Portait une fleur de béton.
Dans le jardin une voix chanta:
"De grâce, de grâce,
Monsieur le Promoteur,
De grâce, de grâce,
Préservez cette grâce.
De grâce, de grâce,
Monsieur le Promoteur,
Ne coupez pas mes fleurs."
C'était un petit jardin
Qui sentait bon le métropolitain,
Qui sentait bon le bassin parisien.
C'était un petit jardin
Avec un rouge-gorge dans son sapin,
Avec un homme qui faisait son jardin,
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.
Mais un jour, près du jardin,
Passait un homme qui, au revers de son veston,
Portait une fleur de béton.
Dans le jardin une voix chantait:
Refrain
C'était un petit jardin
Qui sentait bon le bassin parisien.
A la place du joli petit jardin,
Il y a l'entrée d'un souterrain
Où sont rangées comme des parpaings
Les automobiles du centre urbain.
C'était un petit jardin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.
C'était un petit jardin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.
N.B: Que Villon retourne à la potence! En trente ans, jamais capitale n'aura perdu autant de son aura populaire. Les héritiers du Baron Haussmann auraient-ils réussi à conquérir l'esprit revêche de Paname? On comprend alors que derrière le terme policé de "gentrification", on tait le nettoyage social des centres-villes; on oublie l'exode forcé qui, de Paris à Marseille, conduit les "classes laborieuses, classes dangereuses" toujours plus loin, vers la périphérie.
1 commentaire:
Et moi, je suis bien content de retrouver de la musique, sur ce blog qui m'est également cher! C'est qu'on peut y faire pousser des choses, dans votre jardin, propice aux rêveries de tous les promeneurs solitaires...
J'ai également beaucoup aimé vos photos, et j'attends avec impatience les suivantes, en attendant de découvrir les choses en vrai!
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