samedi 7 avril 2007

Unser täglich Brot


Agroalimentaire. Firmes agroalimentaires. Des mots qui nous sont devenus aussi naturels que supermarché ou multinationale. Pour chacun de nous ils semblent évoquer quelque chose de précis: la production de masse de produits alimentaires et quelques images entrevues: abattage d'animaux, équarrissage, ... Pourtant nous sommes loin d'en saisir toute la réalité.
Le jeune cinéaste allemand Nikolaus Geyrhalter ne montre pas des vaisseaux spatiaux partis à l'assaut de l'univers, ni même des extra-terrestres. Pourtant, c'est bouche bée qu'on regarde se dérouler son film documentaire. Sommes-nous toujours sur la planète Terre? Des bras mécanisés assurent l'entretien des cultures et des hommes, en supplétif, les accompagnent. Le tableau manque terriblement de chaleur humaine. Vision cauchemardesque. Pincez-moi !

Le meilleur des mondes. Ce qui est choquant c'est tout autant le traitement du monde animal et végétal que les conditions de travail de ceux et celles qui constituent le prolétariat agricole... invisible et en sursis. En sursis car les produits chimiques utilisés provoqueront sans doute demain, par centaines de milliers, des cancers à travers l'Europe... Tout cela pour des questions de rendement et de calibrage. Un petit train sans conducteur traverse l'écran transportant des cagettes de légumes tous identiques. On en a froid dans le dos.

Raymond Depardon montrait la vie en bonne intelligence des derniers paysans avec leur environnement. Elle s'est muée en intelligence artificielle commandant aux hommes et à la nature. Une nature dénaturée en simple marchandise, que des hommes manipulent sans états d'âme. Comment pourraient-ils voir autrement ces poussins qui n'ont d'autre valeur que monétaire? Quel sens peuvent-ils donner à ce travail et à l'objet de ce travail? Aucun. C'est peut-être pour cela que Nikolaus Geyrhalter filme des personnes muettes laissant le bruit des machines parler pour elles.

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