dimanche 6 mai 2007

Monsieur William


Que faisiez-vious au milieu des laitious? Monsieur William.
Une faucille et un marteau entrecroisés ornent la boucle cuivrée de sa ceinture... rouge? Non marron, d'un cuir marron clair. Sa casquette, elle, est rouge vif. Monsieur William est un peu provocateur mais son communisme n'est pas autoritaire, il est chaleureux et partageur. Le jardin c'est aussi son espace d'expression pour que vivent ses idées. Avant il y avait l'usine, les voix se sont tues.
On le retrouve régulièrement Monsieur William. Le 1er mai, comme porte-banderolle, sérieux derrière la voiture-balais qui crache des musiques d'aujourd'hui mais révolutionnaires tout de même . Ouf, l'honneur est sauf. Le 6 mai, au marché aux fleurs de Roubaix il cherche des tomates noires de Crimée. Da, da. Le libraire, rencontré à l'occasion, est taquin : " elles sont anarchistes ces tomates!". Mais Monsieur William n'en veut pas à ce Belge militant qui mène depuis des années un dur combat pour la liberté d'expression des nains de jardin. Certains sont là d'ailleurs, au soleil. Les plus sages ont eu droit à une petite excursion dominicale. Les autres devront attendre le 32 mars prochain pour la grande sortie. La Terre aura réalisé plusieurs révolutions d'ici là!

jeudi 3 mai 2007

Quatres ailes

Paris- Roubaix… ça peut devenir aussi tout un périple en automobile… surtout en 4L.
Je vous l’avais prévenu, Nanar est un personnage qui ne manque pas d’air. Achetée en novembre 1985 à la suite d’un tonneau exemplaire en 2CV à 40km à l'heure sur une petite départementale d’Auvergne, sa 4L a subi maintes transformations et péripéties. Outre la rouille sur la carlingue, la mousse qui poussait sur le rebord des fenêtres, les dernières modifications ont été l’ajout de 3 portières particulièrement bien assorties et d'un nouveau capot, après que les jeunes de la Cité avaient pris coutume de s'asseoir dessus à la manière d'un banc public.
Bref, si on totalise tout ce qu’a pu coûter cette voiture estampillée « art pauvre » depuis 20ans, ça équivaudrait au moins à une Twingo neuve. Mais Nanar, lui il s’en fout… C’est un drôle de fétichiste!

L’aile ou la cuisse ?
On dit que les 4L finissent généralement en poulailler, au fond du jardin... Une étude statistique sur tout le territoire rural français serait en tout cas envisageable pour pouvoir infirmer pareil cliché funèbre.

dimanche 22 avril 2007

La salopette bleue

M. Gomez a gardé du temps où il y travaillait une magnifique salopette bleue qu'il porte sur son marcel blanc et qui porte le nom de l'enteprise en lettres brodées, Terken. Mais la brasserie a fermé ses portes suivant tardivement le destin de l'industrie textile. Dépôt de bilan. Voilà 7 hectares abandonnés, des employés licenciés et tout un quartier qui meurt.




Les ouvriers ont presque disparus du paysage. A poximité, le peignage de la Tossée est allé poursuivre son activité à l'étranger. La Mairie a décidé d'un projet de reconversion passant par la démolition des habitations du quartier de l'Union. La majorité des habitants sont partis à force de pression, sans dire un mot à ceux qui sont restés, attachés à leur maison et à leurs souvenirs. Ceux-là attendent, s'opposent et voient défiler depuis des années des projets de toutes sortes, sans qu'un seul d'entre eux ne voit le jour.

Ce qui est sûr c'est qu'ils veulent changer la physionnomie de cet espace, que Roubaix ne soit plus dans l'esprit des gens cette ville sinistrée alignant maisons vétustes et friches industrielles mais une ville dynamique et colorée. Bref une ville pour les autres, pour ceux qui n'osaient pas s'installer si loin de chez eux, et qui font aujourd'hui un saut sur le trampoline pour arriver sur un coussin ouaté préparé par la Mairie.

A vendre. Vendu. A vendre. Vendu. Roubaix, ville à vendre. On passe de façade ravalée en façade lépreuse, de chemise blanche en salopette bleue.

vendredi 20 avril 2007

Sèche et rêche

Avril, découvre-toi d'un fil! Au nord de la Loire, Météo France annonce des températures records pour la saison. Soleil et chaleur précoce. Depuis qu'on cultive le jardin, la notion de sécheresse a pris une connotation nouvelle: la terre va manquer d'eau! Nos légumes et nos fleurs aussi... Surtout quand à vu d'oeil, l'eau de pluie s'amenuise dans notre tonnelet.

Nous, les citadins, on se préoccupe pas trop de ces trucs d'péquenot. A la télé, passeront sûrement en boucle les images de rivières asséchées, de terres craquelées pendant que l'eau du robinet coulera à flot pour finir la vaisselle...
Là, la réalité nous rattrape: il n'y pas de robinet d'approvisionnement en eau dans le jardin collectif. On se doit de gérer notre stock d'eau avant l'été... Déjà un gros problème. Entre-temps, on limite notre dépendance en paillant, en binant d'autant plus.


Je regarde le jardin chichement coloré: les myosotis, les giroflées en fleurs... Les planches de culture déjà en ligne.
Puis, je songe à mimer la danse de la pluie comme ferait un amérindien d'Epinal. A force d'attendre, on en devient presque superstitieux... C'est vraiment étrange de se retrouver soumis au bon vouloir du dérèglement climatique.
Vivement que ça drache fort!

mercredi 18 avril 2007

Apprentissage chaotique

Artichaut: On lui a coupé l'extrémité des feuilles, une tentative d'après un vague souvenir de quelque chose qui ... Croyons aux miracles. On l'a vraiment planté comme des nuls. Pas de fumure de fond ni de compost, tout juste un peu de terreau de commerce, l'artichaut directement installé dessus, c'est pas recommandé.

Bourrache: Elle formera de belles hampes florales. Imaginons! En attendant, elle n'a qu'une seule et unique feuille mitée par trop d'appétits voraces.

Epinards: Les premiers jours on ne savait pas très bien à quoi pouvaient ressembler les jeunes plants. On n'arrivait pas à les différencier des mauvaises herbes car elles produisent de fines feuilles allongées à l'image des pousses de chien-dents. Une deuxième paire de feuilles à la forme plus arrondie est apparue. Nous allons devoir procéder à l'éclaircissement des plants sur le rang pour qu'un seul pied d'épinard sur quatre reste en place.

Fraisiers: On les a achetés chez les maraîchers présents sur le marché du dimanche. On en ignore la variété. Ils font une vingtaine de cm de hauteur et ont déjà de jolies fleurs blanches.

Panais: C'est un légume qui peut développer des racines de 80 cm dans une terre bien ameublie. Notre terre est tassée à force de la piétiner imprudemment. Alors s'il peut fendre le sol d'une petite vingtaine de centimètre ça nous semblerait honorable.

Radis: Sur un rang, entre les panais on a planté des radis voilà déjà 6 jours et rien de nouveau sous le soleil. Il paraîtrait que la lune a une influence sur la venue des légumes. Notre voisin nous a prédit une montée en fleur. Ne plantez pas à la lune montante! Mais la trajectoire des astres ne semble pas être notre souci immédiat puisque nous avons à faire face à une attaque en ligne d'altises. Nous tentons la cendre de bois pour les repousser.

Rhubarbe: Pas sûr du tout que ce repiquage fasse de belles tiges brunes. La feuille s'abaissait sur une tige arquebouttée lamentablement. Nous l'avons coupée pour qu'elle soit plus vigoureuse. Elle a refait une feuille.

Sauge: C'est venu d'un coup alors qu'on les attendait plus. On avait mis toutes les graines dans deux petits bacs, bien exposés à la lumière sur le rebord du velux. Se disant qu'ils allaient s'étouffer, on a décidé de les séparer par groupes de 3 ou 4. Seulement ça leur a pas réussi et on commence à compter les morts.

Salade: De manière générale ça pousse pas vite. Pour certaines ça pousse plus du tout pour la simple raison qu'elles se sont faites bouffer par des nuisibles coriaces: les limaces. Au cas d'attaque de nématodes par le pied. Les oeillets d'Inde seraient d'excellents répulsifs contre ces vers plantés à proximité des cultures. De plus, on a mis de la tonte de gazon pour pailler le sol pour garder l'humidité du sol.

Trèfle: Ouf! En voilà un qui s'en sort dignement, occupant progressivement le sol de ces trois petites feuilles vertes. Un seul hic: on s'est planté de variété. Le trèfle violet qu'on a semé monte plus haut que le blanc et ne permet pas de couvrir le sol à la manière d'un tapis de mousse. Plus tard il posera un autre problème, ses racines sont profondes et rendent difficile le bêchage.

lundi 16 avril 2007

Fontaine

Elle voyait bien que quelque chose fuyait. Mina tira la chasse pour s'en convaincre, son corps suspendu au gargouillis de l'eau. Lorsque le loquet s'abaissa sur le couvercle en faïence, le calme revint avec un imperceptible trouble qui ondulait à la surface. Elle voyait bien.
Mina se pencha et du bout de l'index, toucha la paroi. Un petit filet lui coulait sur l'ongle comme de l'émail.
Pour la première fois, elle considéra son water-closet.
C'était un vieux modèle à la robinetterie rouillée que son véreux de propriétaire n'avait pas jugé utile de faire changer. La facture anormalement élevée remontait... Toute l'affaire allait enfin se résorber.

Le couvercle du cabinet reposait sur le carrelage et Mina poursuivit son auscultation comme une novice. A l'intérieur, l'étonnement survînt en découvrant un mécanisme aussi étrange qu'élémentaire: "Ça fonctionne ainsi?" Pour vérifier, elle retira la chasse. 7 litres d'eau disparut par le siphon avant que le bac ne se remplisse de nouveau jusqu'au point d'équilibre indiqué par le flotteur. Cependant, le goûte à goûte persistait. Mina se résolut à couper l'arrivée d'eau. Le robinet rouillé fuit à son tour au point qu'il fallut mettre un seau afin d'éviter tout dégât chez le voisin d'en-dessous.
Mina s'était accroupie en train d'éponger à l'aide d'une serpillière... Elle semblait ne plus vouloir jouer à la dame-pipi et maudissait en vain celui qui avait pu inventer pareilles toilettes à gaspiller des m3 d'eau. D'ailleurs, derrière le cabinet, elle remarqua que le compteur d'eau avait été posé à l'envers: 85300...
Mina finit par couper l'eau. Le bac avait cessé d'égoutter. Fallait-il pour autant prévenir le propriétaire et continuer comme si tout coulait de source, une fois le couvercle remis?

Le lendemain, elle prit cette décision pour le moins curieuse: elle ne tirerait plus systématiquement la chasse dans l'espoir d'économiser l'or bleu aussi souvent que nécessaire.
Ce fut ainsi que Mina partit uriner le plus tranquillement du monde.

samedi 14 avril 2007

Consom'acteur, pourquoi pas? (4/4)

"Quand c'est dégeulasse, c'est toujours trop cher!" disait quelqu'un de sensé à la radio.
Faut-il s'affamer comme le recommandent les anorexiques de la Diététique? Arrêtons de délirer... depuis le concept des hypermarchés, on est venu à regretter les petits intermédiaires. Poujadisme bis? La réalité c'est que les gens recherchent toujours un signe humain par-delà toute valeur d'échange, et lorsqu'on va à la boulangerie ce n'est pas pour retrouver Adam Smith. Hélas, dans notre quartier, les dépôts de pain ont déjà remplacé Raimu et sa femme.
Les tours de passe-passe pour contourner la grande distribution existent mais faut savoir jongler avec le temps et le porte-monnaie... N'y voyez aucune prescription là-dedans, puisque la consom'action est moins une solution qu'un pis-aller vers l'utopie... Vous me suivez?

1) Une solution économique: faire son marché, une fois par semaine. Préférer les producteurs locaux quand ils sont présents (à Paris c'est plus dur mais il existe -je crois- les paniers "franciliens" en vente direct, pensez-y!). Outre les fruits et légumes, on y trouve notre beurre et de bons oeufs de ferme.

2) A côté de chez nous, rue d'Alma, se trouve une vieille épicerie familiale de spécialités italiennes, portugaises et espagnoles. Gourmets comme nous sommes, on a décidé de nous y rendre plus souvent. On achète les pâtes, les sauces (excellentes), le chorizo, l'huile d'olive, le parmesan, les tomates séchées... Alors qu'à Géant, le rayon charcuterie/ fromage est tenu par une salariée qui tire la gueule en découpant à la va-vite des tranches de jambon industriel; ici ils se mettent en 4 pour vous servir tranquillement.

3) Cultiver son potager quand on a la possibilité dans l'espoir de s'auto-produire en plantes aromatiques et quelques légumes.

Reste qu'on va toujours chez Géant acheter nos produits laitiers et autres produits de consommation courante tels que le PQ...

mardi 10 avril 2007

Pauvre mais pas zombie! (3/4)

La décision fut donc prise: comment faire pour réduire au maximum notre état de dépendance vis à vis du centre commercial... surtout avec 400 euros en poche pour nourrir un couple de érémistes?
Courir chez ALDi, retrouver l'agroalimentaire wal-martisé ?

Un préalable demeure essentiel: se (re)mettre à cuisiner! Retroussons les manches et enfilons un tablier... Y'a bien un vieux bouquin de cuisine française qui traîne dans le coin.
Hein... comment qui faisait dans le temps les miséreux quand y'avait pas du food discount... Un peu de bon sens: une pomme de terre, ça fait de la purée maison (pas de la mousseline), du gratin maison (pas du findus)... Notre gastronomie dit rustique que le monde entier salive s'est bien faite grâce à l'ingéniosité des paysans qui pendant des siècles ont cherché à améliorer leur "pain quotidien". Si mal-bouffer est dû à notre civilisation caca-pipi-taliste, alors bien manger doit être politique!

Quand je vois une mère smicarde avec ses deux bambins pré-obèses déposer sur le tapis roulant de la caisse n°23 un monticule de m...: cocachips, bip, cakesalamifrites, bip, chantillyglacecacaouette... Il en va du contenu comme du contenant, de la carte crédit à la peur du huissier en fin de mois. L'aliénation en somme des vulnérables.

Dans le film Zombie (1978), George Romero dénonçait la société de consommation de manière apocalyptique, en présentant les morts-vivants entrain de lécher les vitrines du centre commercial...
Au bout du compte, le pouvoir d'achat n'est qu'un leurre sur lequel les grandes enseignes continuent à faire leur beurre.

samedi 7 avril 2007

Unser täglich Brot


Agroalimentaire. Firmes agroalimentaires. Des mots qui nous sont devenus aussi naturels que supermarché ou multinationale. Pour chacun de nous ils semblent évoquer quelque chose de précis: la production de masse de produits alimentaires et quelques images entrevues: abattage d'animaux, équarrissage, ... Pourtant nous sommes loin d'en saisir toute la réalité.
Le jeune cinéaste allemand Nikolaus Geyrhalter ne montre pas des vaisseaux spatiaux partis à l'assaut de l'univers, ni même des extra-terrestres. Pourtant, c'est bouche bée qu'on regarde se dérouler son film documentaire. Sommes-nous toujours sur la planète Terre? Des bras mécanisés assurent l'entretien des cultures et des hommes, en supplétif, les accompagnent. Le tableau manque terriblement de chaleur humaine. Vision cauchemardesque. Pincez-moi !

Le meilleur des mondes. Ce qui est choquant c'est tout autant le traitement du monde animal et végétal que les conditions de travail de ceux et celles qui constituent le prolétariat agricole... invisible et en sursis. En sursis car les produits chimiques utilisés provoqueront sans doute demain, par centaines de milliers, des cancers à travers l'Europe... Tout cela pour des questions de rendement et de calibrage. Un petit train sans conducteur traverse l'écran transportant des cagettes de légumes tous identiques. On en a froid dans le dos.

Raymond Depardon montrait la vie en bonne intelligence des derniers paysans avec leur environnement. Elle s'est muée en intelligence artificielle commandant aux hommes et à la nature. Une nature dénaturée en simple marchandise, que des hommes manipulent sans états d'âme. Comment pourraient-ils voir autrement ces poussins qui n'ont d'autre valeur que monétaire? Quel sens peuvent-ils donner à ce travail et à l'objet de ce travail? Aucun. C'est peut-être pour cela que Nikolaus Geyrhalter filme des personnes muettes laissant le bruit des machines parler pour elles.

vendredi 6 avril 2007

Géant, j'ai plus envie (2/4)

Au début, les courses chez Géant engouffraient 80% de notre modeste budget mais en ce début d'année 2007, plusieurs déclics nous ont motivé à fuir l'Ogre et le reste de la grande distribution (discount ou pas):
1) une émission du modeste et génial Daniel Mermet a suffit pour que je réagisse: les pratiques totalitaires qui n'ont rien à envier à la Stasi du groupe Carrefour contre leurs employés... Terrifiant!
2) la violence des vigils qui se prennent pour des flics. Nul est besoin de relever les abus de pouvoir couverts par la Direction.
3) et encore une autre de Là-bas si j'y suis: comment une association de riverains a résisté contre l'implantation d'un énième centre commercial autour de Limoges. Et d'apprendre ainsi l'inéquation suivante: pour 1 emploi précaire de créer, c'est 5 emplois qui disparaissent dans la région... Un argument de taille contre la grande distribution!


Prochainement sur votre écran
Notre Pain Quotidien. Un documentaire allemand qui risquerait bien de vous attarder à table, la tête penchée sur votre assiette...
Une plongée vertigineuse dans l'industrie agro-alimentaire où Les Temps Modernes de Mon Oncle vous filent une bonne frousse de La Mort aux trousses qui tue.

Vous l'aurez compris, Nikolaus Geyrhalter est un cyclope prometteur car il a déjà l'oeil tragique qui rit et c'est suffisamment rare...

mercredi 4 avril 2007

Géant, j'ai pas envie (1/4)

A Roubaix, on pensait retrouver au pire une supérette parmi les petits commerces de proximité. Que nenni!
Dehors, vous guettez le no man's land comme une fugueuse. Désormais, le coeur de la ville bat au rythme d'un centre commercial GéANT... qui vous aspire comme une centrifugeuse!
Notre ville ne fait guère figure d'exception puisque ce phénomène touche surtout les centres urbains pauvres (cf. Bobigny).
Comme quoi les petits poucets se font bien baiser par les crédits à la consommation!




Vous avez votre carte de fidélité?
Comme des millions de français, j'y vais à contrecoeur assister au spectacle garguantesque de la surconsommation, de la mal-bouffe déjà agro-alimentée, plastiquée, cartonnée, réfrigérée, siliconée... Quand je pousse le caddie qui me gave, la nausée survient généralement à la caisse des femmes-robots... bip... bip... et l'addition en casse-tête... bip... à l'air libre, ouf!
Claustrophobie et monopole, GéANT vous remercie de votre visite. La voilà, notre belle civilisation caca-pipi-taliste comme aimait proférer Mouna Aguigui, celle qui nous refile à satiété des sommations à la con: " venez donc profiter des nouvelles promotions de la Saint Glin Glin". La publicité à X millions d'euros... jusque dans notre boîte à papelards et sur laquelle on vient justement de mettre un autocollant "anti-PUB" édité honteusement par le Ministère de l'Ecologie et du Développement Jetable. Pas de côté...

Un midi, je sors avec un sac à dos rempli de produits laitiers... un enquêteur me quête pour que je réponde à son putain de questionnaire, genre client, êtes-vous satisfait?
Le mec en question est un thésard, payé au lance-roquette...
A votre avis, j'ai coché quelle case?
Cocktail Molotov?
Y'avais pas encore!

mardi 27 mars 2007

La connerie ambiante

La question se pose : comment allumer une lanterne dans le noir ? Il en devient de même quand il s’agit de vouloir faire un potager « bio » dans un environnement aussi propre ! A commencer par les jardins eux-mêmes, tenus par de vieux bonshommes à la retraite qui jardinent comme on laverait sa voiture en pleine canicule (c’est-à-dire en utilisant tout ce qu'on peut trouver légalement dans n’importe quelle jardinerie de grande distribution).
La proximité d’une cheminée éteinte n’arrange pas non plus, étant donné que le jardin dit collectif a été conçu sur une ancienne friche. Dire que tous les sites anciennement industriels sont extrêmement pollués serait un sale pléonasme. Le sol est peut-être chargé en métaux lourds –qui sait ? En outre, l’eau de pluie qui sert pour les cultures contient probablement des particules toxiques provenant de l’agriculture productiviste -qui sait? L’air de la métropole complètement saturé en gaz à effet de serre -Et cætera.

En clair, si je dresse ce rapide tableau à la Tchernobyl, c’est qu’on ne se sent pas moins déshérité.

Delivery
Vidéo envoyée par titouille

samedi 24 mars 2007

Coolisimo

Un matin, le facteur sonna à la porte de l'Homme tranquille. C'était un colis. La porte se referma aussitôt sur une Bonne journée!
Biaugerme* venait de lui expédier ses graines commandées sur le Net quelques jours auparavant. Alors, l'Homme tranquille contempla le cube en carton.
Comme la joie s'accroît avec patience !
Tout était là, bien en place, dans de petits sachets artisanaux: trèfle violet, radis, camomille... et comme le temps s'égraine. Il remit délicatement les sachets un à un, puis referma la boîte béatement en songeant au temps qu'il faudrait pour les semer.
Comme la joie s'accroît avec patience !



* semencier biologique

jeudi 22 mars 2007

Ennemi public N°1

C'est en ratissant le terrain que nous avons pu constater l'ampleur du fléau... Sous les cailloux, les copeaux de bois... Un peu partout. On nous avait pourtant prévenu, ces massacreurs de potager ne font pas dans le détail. Elles sont gargantuesques et terriblement sournoises, dévorant la nuit se terrant au petit jour... Ce sont des ripailleurs invertébrés!

A l'instar des autres jardiniers, Monsieur Gomez nous conseille la solution promotionnelle: des graines anti-limaces d'un bleu chimie plus que douteux... Il nous a même filé un godet rempli à ras bord pour l'épandre autour de notre carré de jeunes laitues. Le lendemain, leur bave sèche indiquait le lieu de l'hécatombe. Enfin, prenons-le comme un simple test puisque nous avons opter pour de vraies solutions alternatives: Les voilà ou plutôt les voici:


1) "S'ils rencontraient un limaçon, ils s'approchaient de lui, et l'écrasaient en faisant une grimace du coin de la bouche, comme pour casser une noix." Bouvard et Pécuchet, Flaubert.




2) Vu qu'il y en a en pagaille, vaudrait mieux ouvrir un "bistro" à l'aide de petits pots en verre remplis de bière, enfoncés au ras du sol, et, placés aux quatre coins du futur potager. En guise d'happy hour... Le lendemain, on retrouve nos noceurs noyant encore leur appétit dans l'alcool.

3) Outre ce secret de polichinelle qui a l'inconvénient d'attirer tous les alcooliques gastéropodes du coin, il en existe d'autres comme ces gîtes où l'on sert de la salade à volonté sous une tuile ou une planche en bois. Il suffirait de les recueillir grassement de temps en temps et couic...


4) Hélas, toutes ces tentatives s'avèrent "inefficaces" tant notre potager sandwich demeure un passage fréquenté par les limaces des autres parcelles.
Pour l'instant, nous conseillerons notre solution promotionnelle à Monsieur Gomez et aux autres jardiniers pour qui "bio" veut dire encore gros mot: de nouvelles graines anti-limaces d'un vert pas garanti 100% à base de phosphate de fer.

Affaire à suivre...

mercredi 21 mars 2007

Pensée printanière

"Voilà le soleil, on l'attendait plus c'ui là
Qui fait fumer le vieux goudron mouillé
A moins que ce soit les phares d'une balayeuse
Qui raclent dans la nuit toutes les saloperies..."

Extrait du Monument aux Oiseaux de François Béranger (1971)

A notre fleur insoumise de la chanson française, arrachée un 14 octobre 2003... Bella Ciao

"Voilà le Printemps, on l'attendait plus c'ui là..."

lundi 19 mars 2007

Ermitage misanthrope ou réclusion maquisarde?


Volem rien foutre al pais. Un film sur ceux qui ne veulent rien foutre. Ce pourrait être l'interprétation de celui qui divise l'humanité en deux catégories: les travailleurs et les paresseux. Seulement, la réalité est plus subtile et nous voyons des besogneux s'activer en dehors du travail salarié. C'est cette subtilité que nous montre Pierre Carles: ce n'est pas la fin de l'histoire, ce qui a existé peut cesser d'être. Pour cela il faut s'autoriser à imaginer le monde autrement, à rejeter les évidences et les préjugés. On peut l'imaginer au fin fond de la campagne, dans une maisonnette entourée de champs, comme en pleine cité, dans des immeubles abandonnés.
Dans une de ces maisonnettes, des hommes vivent et fabriquent ce qu'ils allaient auparavant chercher au supermarché, cassant ainsi une chaîne logique qui voudrait qu'on ne peut vivre sans consommer, ni consommer sans argent. Le bien-être des hommes ne dépendrait donc pas de la taille de leur porte-monnaie, autrement dit "l'argent ne fait pas le bonheur" n'est pas qu'un adage réconfortant mais un véritable questionnement sur la marchandisation du monde. Et les conserves de bonheur auraient comme un goût de standardisé.

Un cheval tire des fagots. Deux hommes le suivent. Le rythme est lent mais rien ne presse. Harcèlement moral, stress au travail, Valium n'ont pas de place ici. L'ont-ils connu? On ne sait rien d'eux. Dommage de n'avoir qu'un instantané d'un parcours de vie. C'est comme si Pierre Carles nous disait voilà ça existe sans nous permettre de savoir comment ça existe et comment ils persistent. Il veut tout simplement nous convaincre, prenant peur de nous voir abandonner le navire à la moindre avarie. Seulement ce n'est pas une fable que nous attendons et la morale de l'histoire ne peut être: "et ils vécurent heureux". Et ce n'est pas diminuer ces expériences que d'en montrer les limites.

Fin du film, générique. Le public reste attentif. Une jeune femme s'étire satisfaite: "si on allait en Ardèche?" demande-t-elle à son ami, comme après un film promotionnel. Voilà, tout ça réduit au folklore des montagnes, du soleil et du bon pain. A moins que ce ne soit pas seulement son goût pour les vacances qui l'ait influencé. Pierre Carles, à vouloir exposer et faire exposer à ses interlocuteurs une idée, un raisonnement, n'a-t-il pas omis de nous montrer une pensée en acte? Plutôt que de laisser un micro ouvert de journaliste trop pressé, il aurait été intéressant de s'attarder un peu à les regarder vivre et incarner leurs idées.
Il reste que s'attaquer à une évidence telle que "travailler fait la valeur d'un homme" ouvre un débat courageux et indispensable.

dimanche 18 mars 2007

Topinambour (3/3)

Lorsqu'on ne jardine pas, on se rend régulièrement à la MiE, la maison des sans-emploi... Ben ouais, là-bas on en profite pour naviguer sur Internet où l'on expédie de temps à autre des posts comme celui-ci. Il nous arrive aussi de taper la causette avec les animateurs sociaux comme ferait un habitué avec son bistrotier. Parmi eux, il y a Florentin, "un bon gars" comme ils disent ici. Dès qu'on l'a vu, le sourire est revenu, le peu de foi en l'homme avec...
Quel grand lunaire! Inutile que je vous taille son portrait façon Libé, les humbles valent toujours mieux...
Un soir, on invita Florentin et sa romaine Nadja à dîner dans l'attente de satisfaire une curiosité boulimique. Au menu et au four, il y avait un gratin de topinambours à la béchamel que nous sûmes partager entre gourmets.

Prochainement sur votre écran:
Coup de projo sur le dernier film de Pierre Carles & co qui, 5 ans après Attention Danger Travail, récidivent avec les "déserteurs du monde du travail"... Histoire de vérifier si la maxime Ne pas perdre sa vie à la gagner reste d'actualité militante.

samedi 17 mars 2007

vendredi 16 mars 2007

Topinambour (2/3)

Nous venons d’enterrer 10 petits tubercules au fond du jardin. On espère qu’un jour viendra une haie haute de 2m pour camoufler le dépotoir du voisin invisible. Si tout se passe bien, il faudra attendre l'automne prochain pour savoir si ce légume qu'on dit rustique fera des émules et d'aussi belles fleurs jaunes...

jeudi 15 mars 2007

Socialement vôtre

Sur notre champ de bataille il y a un arbitre qu'on appelle adulte-relais dans le secteur social. Tu le vois arriver l'air faussement ravi, bizarrement émerveillé des avancées de notre travail, sa feuille d'émargement à la main. Tu peux difficilement l'éviter.
Il vient deviser avec nous de la super promo de terreau qu'il a vu chez machin à droite avant le rond-point près du canal. C'est bien seulement en hiver le soleil se couche tôt.
Heureusement notre précieux voisin prend le relais.

Monsieur Gomez:
"T'as vu l'autre comment il bêche, il fait un trou comme ça, et l'autre il est jamais là. Ah! Regarde qui voilà, le plus paresseux des jardiniers!"

J'ai un mouvement d'arrêt. Your neighbour is watching you...

mercredi 14 mars 2007

Topinambour (1/3)

Autrefois, on l'appelait joliment la "poire de terre" avant qu'elle ne soit supplantée au XVIIe par la célèbre "patate" ramenée elle aussi des Amériques. Depuis quelques temps, on note pourtant son retour en grâce tant il est vrai que cette drôle de tubercule, tantôt rosée tantôt jaune pâle, a bon goût de fond d'artichaut.

Nous l'avons découvert cet hiver, non pas sur un étal de centre-ville estampillé "produits du terroir" pour bobos à 10 euros/kilo, mais sur un marché bien popu de Roubaix. Là, une famille de maraîchers -pas revendeurs pour un sou- vendent directement leurs légumes de saison fraîchement cueillis. Sans vouloir prendre des accents coffiens, heureusement qu'ils existent encore ces gens-là... Avec de bons produits à bon marché!
Surtout quand vous revenez avec un sac rempli à 1 euro le kilo, il n'y a vraiment pas de quoi pavaner auprès de votre entourage si distingué...

C'est oublié que jusqu'à peu, le topinambour gardait encore dans l'estomac des Français un relent d'Occupation et de triste rationnement. Heureusement la mode finit toujours par revenir pour le meilleur des tubercules
.

mardi 13 mars 2007

Une journée ordinaire

Regard à droite, regard à gauche, rien à signaler, tout est calme aujourd’hui. Tant mieux, on travaille au soleil et que le reste du monde s’écroule. « Il est midi et vous êtes sur Nostalgie, et tout de suite Laurent Voulzy avec… chrrrr, chrrr, chrr». Ça y est le poste radio du voisin tombe en panne. J’aimais bien l’entendre siffloter. De toute façon c’est l’heure du repas. Il range ses outils, ferme sa cabane à clef, la barrière de son jardin à clef et nous regarde : c’est monsieur Gomez. Ouille on va pas y échapper, quelque chose le dérange. C’est la délimitation de notre jardin qui n’est pas bien nette, il faudrait une petite clôture dans le genre de … la sienne. Ce que l’homme est vaniteux. On acquiesce sans conviction reculant ainsi le moment terrible de la grande révélation : il n’y aura pour seule clôture qu'un parterre de fleurs. Salut.

Mais nous ne restons pas seuls ce jour-là, silencieusement un jardinier à la casquette rouge, moins bouddhiste que CGTiste, dans un geste simple nous donne un pied d'artichaut. Première plantation, petite joie.

lundi 12 mars 2007

La République potagère (5/5)

(Slam-Punk-Afro-Greencore)

En matière de politique fiction, il y aurait bien des mesures à prendre...
Mais je ne sais pas si c'est la période qui veut ça...
Y'a personne pour s'prendre la tête... la réalité a un chou!
Y'a personne pour avoir un coeur... l'utopie c'est artichaut!

Par-delà le quinquennat présidentiel,
Tristement virtuel,
Dangereusement réel
Qui se profile et file comme un MIRAGE 2000...

2 plus...

Pour tous ceux et celles qui veulent retourner sur Terre.
Pour tous ceux et celles qui subissent la galère.
Pour tous ceux et celles qui bouffent d'la misère
Pour toutes celles et ceux...
Qui rêvent d'un lopin de terre
C'est la REPUBLIQUE POTAGERE qu'il nous faut... LA REPUBLIQUE POTAGERE!!!

Des régimes banania aux démocraties bananières,
Partout, plantation
Exportation
Transformation
Consommation... Exploitation!
Partout... la même bannière
Partout... les mêmes ornières.

Que se décrète enfin
En ce début de nouvelle ère,
La fin des oligarchies le retour des phalanstères
Où bientôt des petits cols verts
Pousseront dans des coop' maraîchères

BIOOOO

Pour tous ceux et celles qui veulent retourner sur Terre,
Pour tous ceux et celles qui subissent la galère,
Pour tous ceux et celles qui bouffent d'la misère,
Pour toutes celles et ceux...
Qui rêvent d'un lopin de terre,
C'est la REPUBLIQUE POTAGERE qu'il nous faut... LA REPUBLIQUE POTAGERE!!!

samedi 10 mars 2007

Portugal/Algérie: 0-0

Une véritable ligne de partage, une division presque géométrique, sépare les huit premiers jardins des trois derniers, en deux clans distincts qui s’affrontent sur deux conceptions du jardinage. Et les croisillons de bois qui délimitent les parcelles n’y peuvent rien. Une guerre sournoise s’insinue entre ces apparemment paisibles jardiniers pour une gloire qui mérite tous les coups bas : le prix du « plus beau jardin 2007 ». Au poste frontière, c’est notre jardin. Idéal pour observer les deux clans s’affronter, n’importe quel grand reporter de guerre en rêve !
Ceux qui nous ont accueillis ce sont les stakhanovistes du jardinage. Ils sont là tous les jours, de tout temps, ont une idée très précise sur tout. On te dit qu’ils pourront t’aider. C’est bien quand tu le veux! Le plus souvent tu as à peine le temps d’imaginer creuser un trou que, pouf, apparaît un pré-retraité en bleu de travail, pour te prendre ta bêche et se voir, pouf, comme dix ans auparavant en contremaître.
De l’autre côté, c’est plus calme. Ils sont là de temps en temps quand il fait beau, retournent la terre, plantent leurs oignons. Tranquillement. Ça va ? Et vous ? Oui, oui, ça va. Bon ben si ça va, ça va.

vendredi 9 mars 2007

L'orme du Caucase (4/5)

Récemment j'ai lu un recueil de nouvelles d'une rare sensibilité qui prolonge à merveille notre thématique hors Idefix. Petit détour par le Japon avec le maître du "manga littéraire" Tanigushi et le nouvelliste Utsumi.

Ce premier récit éponyme nous invite, dans une tradition teintée de taoïsme, à inverser la relation que l'homme entretient avec la nature : quelle place accorder à l'homme? L'humilité devrait être la posture appropriée pour que les hommes s'émeuvent ensemble devant les mystères posés par la nature, personnifiée ici par un vieil orme majestueux.

Extrait:
"L'orme habitait ici avant moi. Puis je me suis installé et ce n'est que bien plus tard que des maisons ont commencé à se construire alentour. Aujourd'hui on va l'abattre parce qu'il perd ses feuilles... Mais le vrai problème, c'est l'égoïsme de ceux qui sont arrivés après lui." P.26

Bien sûr j'aurais pu vous en dire plus... mais j'ai trouvé mieux.

Prochainement sur votre écran:
La République Potagère qui clôturera en slam-chanson le cycle du "petit jardin".

mercredi 7 mars 2007

Où se procurer des graines?

Le réflexe serait de prendre naturellement sa voiture, se taper un bouchon sur le périph’, prendre la sortie en direction de la zone commerciale, se garer devant Jardiland, prendre machinalement un caddie et entrer comme par désenchantement : ça c’est le circuit pavlovien de l’ « Homme pressé » qui veut consommer.
Il existe un autre moyen bien plus apaisant : un simple coup de fil et ils vous envoient illico leur catalogue de graines biologiques par la Poste : ça c’est le circuit oblomovien de l’ « Homme tranquille » qui prend son temps.
Nous, on a fait les deux… pour jauger.


«Acheter des graines biologiques est une façon de soutenir un mode de production artisanal et respectueux de l’environnement. Il faut savoir que les autres graines –et notamment hybrides– sont le quasi-monopole de grands groupes agroalimentaires.» J-Paul Thorez, Le Guide du jardinage biologique, p.93.

N’ayant pas beaucoup d’argent à consacrer au jardin, nous avons d’abord tournoyé dans Jardiland à la découverte d’un monde qui nous était jusqu’alors totalement inconnu. Les plantes… L’outillage… Enfin les présentoirs de graines selon les marques.
Seulement, de rayon en rayon, une forte odeur chimique persistait… Fongicide, pesticide, insecticide… Alors nous sommes sortis de ce bazar hautement cancérigène avec 3 petits sachets d’avance :
1) du gazon japonais pour enjoliver facilement les abords de l’abri,
2) de la sauge pour se faire plaisir,
3) des œillets d’Inde pour les cultures associées.

Alors l’Homme pressé chuchota à l’oreille de l’Homme tranquille :
« T’avais raison, ça pue ici.. Allons voir ailleurs si l’herbe est plus verte !
« C’est tout ?
– Et ils s’en allèrent illico en 205 Génération. Pécaïre ! »

mardi 6 mars 2007

Le sauveur de petit jardin (3/5)

Très bien, on devine que je serais plutôt du genre A bas la propriété privée! et tout le tralala "socialiste libertaire" rendu tabou -et pour cause- par notre totem-monde. Soit!
Cela ne m'empêche pas pour autant d'avoir une grande estime pour tous les sauveurs de petit jardin... A l'instar de cet ingénieur à Grenoble, Florian Porte, qui préféra acheter l'appartement d'une vieille dame décédée avant qu'un croque-promotteur ne veuille transformer son jardin en parking privé. C'est pour moi, la preuve vivante que derrière une affaire de gros sous se cache parfois un beau conte pour adultes. Surtout quand le propriétaire en question vous ouvre aussi facilement la porte... à coeur battant.

lundi 5 mars 2007

Qui sème


C'était par une rare journée ensoleillée. Nous venions de quitter notre jardin fraîchement retourné. En face, une immense pelouse s'étalait sur ce qui jadis avait été une fabrique de chaipaquoi et dont il ne restait plus qu'une cheminée en ruine.

Nous apercûmes deux jardiniers de la ville tout de vert vêtu qui avançaient en ligne sur les traces boueuses laissées par le rodéo des motos certains week-end vroum-vroum.

De loin, ils avançaient lentement, sac en bandoulière. D'un geste antique, ils semèrent à la volée du gazon. L'intrusion d'une grâce paysanne nous émerveilla le temps d'une courte semence. Ce tableau-là, quand la franche poignée nourrit d'une nuée de graines la terre, Van Gogh l'aurait peint et repeint.

samedi 3 mars 2007

Jacques Dutronc : Le Petit Jardin (2/5)



Comme pour parodier un blog qui m'est cher, je vous propose exceptionnellement les milles et surtout une chanson.
Le Paris populaire a toujours respiré le bagout, le spleen et la nostalgie au travers de chansons qu'on ne compte plus. Le grand parolier qu'était Jacques Lanzmann s'inscrivait dans ce sillon-là. Si l'air paraît un tantinet rétro, le thème n'a pourtant pas pris une ride. Cette complainte, ultime tube et dernière collaboration de Dutronc, dénonce parfaitement les méfaits d'une urbanisation à outrance. A l'époque, Pompidou voulait "moderniser" la France et bien sûr Paris, sa vitrine. La Défense apparaissait enfin. Sur les berges de la Seine, les autoroutes se développaient enfin. Les Halles allaient disparaître enfin... Une nouvelle humanité post-industrielle naissait comme des playmobiles tandis que le chef d’œuvre de Jacques Tati, Playtime, avait connu un flop par péché d'anticipation. Allez donc voir du côté du nouveau quartier construit autour de la BNF (13ème arrdt.) pour admirer Tativille 2, vous aurez peut-être la chance de voir des cadres faire du fitness derrière les grandes baies vitrées, à la tombée de la nuit.

De nos jours, c'est le Tout-Paris bourgeois-bobo (cher à ce fils de... Delerm) qui plastronne sottement. On aurait perdu quelque chose en route? A coup sûr, une certaine élégance gouailleuse qu'aimaient cultiver les Deux Jacques.

Paroles

C'était un petit jardin
Qui sentait bon le métropolitain,
Qui sentait bon le bassin parisien.
C'était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin,
Avec deux arbres un pommier et un sapin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin
Mais un jour, près du jardin,
Passait un homme qui, au revers de son veston,
Portait une fleur de béton.
Dans le jardin une voix chanta:

"De grâce, de grâce,
Monsieur le Promoteur,
De grâce, de grâce,
Préservez cette grâce.
De grâce, de grâce,
Monsieur le Promoteur,
Ne coupez pas mes fleurs."

C'était un petit jardin
Qui sentait bon le métropolitain,
Qui sentait bon le bassin parisien.
C'était un petit jardin
Avec un rouge-gorge dans son sapin,
Avec un homme qui faisait son jardin,
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.
Mais un jour, près du jardin,
Passait un homme qui, au revers de son veston,
Portait une fleur de béton.
Dans le jardin une voix chantait:

Refrain

C'était un petit jardin
Qui sentait bon le bassin parisien.
A la place du joli petit jardin,
Il y a l'entrée d'un souterrain
Où sont rangées comme des parpaings
Les automobiles du centre urbain.
C'était un petit jardin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.
C'était un petit jardin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin.

N.B: Que Villon retourne à la potence! En trente ans, jamais capitale n'aura perdu autant de son aura populaire. Les héritiers du Baron Haussmann auraient-ils réussi à conquérir l'esprit revêche de Paname? On comprend alors que derrière le terme policé de "gentrification", on tait le nettoyage social des centres-villes; on oublie l'exode forcé qui, de Paris à Marseille, conduit les "classes laborieuses, classes dangereuses" toujours plus loin, vers la périphérie. Le pauvre n'a décidément plus droit de cité.

vendredi 2 mars 2007

Système résiduel


Chez Renault des salariés mettent fin à leur vie. Des millions de personnes consomment chaque jour des psychotropes pour résister au stress d'une vie automatisée. Pendant ce temps-là Pierre Carles nous montrent des RMIstes heureux. Une vie hors-consommation. Le bonheur est dans l'à-côté. Pas si simple. Même si le monde du travail est dans bien des cas un monde carcéral, ne pas en faire partie n'épargne pas, ne protège pas des violences sociales. Alors, comme d'autres, on fait des missions Adecco "mieux travailler, mieux vivre". Juste pour faire partie de quelque chose le temps d'une journée. Pour nous il y a aussi le jardin, on bêche, on ratisse, et on se sent mieux les mains pleines de terre. Les relations humaines paraissent plus simples aussi quand on discute de semences, de plants, d'abeilles ou d'orties. Enfin c'est la potageo-thérapie.

mardi 27 février 2007

C'était un petit jardin (1/5)

Près de chez nous, de passage à Grenoble, quand notre petit appartement donnait sur une traverse qui semblait rejoindre les Kilimandjaros. C'était au printemps 2006. Là où trônait un vieux cerisier en fleur n'est plus à ce jour qu'un lointain cliché furtif:


Un graffiteur avait eu l'intelligence poétique de signifier ce dont tout le monde rêve ici-bas: un terrain vague pour des bambins échappés de Mon Oncle, un coin tranquille pour les amoureux se tortillant dans les herbes folles qu'on dit mauvaises, un bout de jachère pour les beaux yeux des passants en mal de déjeuner sur l'herbe... Autant d'interstices de liberté qui auraient rendu envieux n'importe quel promoteur!

A la place? Un bloc de béton a dû supplanté l'endroit et changé l'horizon d'une cuvette qui ne cesse de se densifier. Gommer la campagne intramuros reste une obsession toujours rentable.

Aujourd'hui, en regardant à nouveau cette photo prise à la va-vite, je me dis qu'un déclic subliminaire s'est peut-être produit... Que faut-il pour être heureux?

lundi 26 février 2007

Associer pour mieux cultiver

Optons pour l'association des plantes potagères! Les salades aimeraient la betterave, l'épinard, le radis... Et cet amour-là serait réciproque. Voilà une idylle de jardin bien intéressante: certaines plantes favoriseraient les micro-organismes utiles aux autres ou au contraire repousseraient nombre d'indésirables et de maladies. L'idole du jardin serait l'oignon en protégeant toute la maisonnée du mildiou et de la pourriture.

Nos voisins sont plus simplement adeptes des produits chimiques. Ils ne s'embarrassent pas de ce genre de cultures peu conventionnelles. Il n'y a pourtant rien de plus traditionnel! Ne trouve-t-on pas chez tous les jardiniers de plus de 60ans l'oeillet d'Inde planté en longues bandes latérales? Ce n'est pas que pour la déco puisqu'il s'agit d'un excellent répulsif contre les nématodes (parasites des plantes).

vendredi 23 février 2007

bêcher or not bêcher




« Ils se consultaient mutuellement, ouvraient un livre, passaient à un
autre, puis ne savaient que résoudre devant la divergence des opinions.» Bouvard et Pécuchet, Flaubert.


Habituellement, on ne se soucie pas de la vie des vers de terre, mais lorsqu’on se lance dans le jardinage ça devient une question centrale. Il paraîtrait qu’il ne faut pas trop contrarier ces amis du jardinier, voir même ne pas les déranger du tout. Ils n’aimeraient pas, alors qu’ils se promènent tranquillement dans leurs galeries familières, se retrouver d’un seul coup à la surface de la terre. On nous conseille alors de ne pas bêcher du tout le sol et de semer telles quelles les graines. Des chapitres entiers y sont consacrés. On est presque tenté de suivre ce chemin lorsque dans un autre ouvrage, moins écolo il est vrai, on nous parle du travail indispensable du bêchage et du défonçage.

Résultat : nous avons commencé à bêcher avec une fourche- bêche en prenant bien soin de laisser ça et là des feuilles de choux hachées… Histoire de ne pas affamer complètement nos chers souterrains.

jeudi 22 février 2007

Bouvard et Pécuchet

A quel point ce curieux livre demeure vivace! Dans ce dernier roman inachevé, Flaubert cherchait en quelque sorte à ridiculiser la bêtise humaine.
Combien sont-ils à faire comme ce double «personnage conceptuel» ? La velléité de ceux qui croient pouvoir tout faire en une vie… et oublier ainsi l’essence qui les constitue. Au dixième chapitre, Flaubert voulait qu’ils revoient leurs copies de jardinier, d'éducateur, de géologue, de chimiste, etc.: après l’échec de toutes leurs expériences, les deux héros se seraient attelés à un gigantesque travail de copie – retrouvant ainsi ce qui avait été jadis leur métier nous prévient-on en introduction. Cet immense labeur enfin jouissif devait figurer dans un «second volume» resté lettre morte sous la forme d’un Sottisier qui aurait peut-être pu commencer par :

« Je comparerais volontiers le
cultivateur au moment de la moisson à un
général d’armée au moment d’une
bataille (grande pensée). »

A. de Roville, La Maison rustique.

Quelle leçon pour celui qui considérait «la fin de Candide : cultivons notre jardin » comme « la plus grande leçon de morale qui existe»… Queneau ne se trompe pas quand il écrit dans sa préface de 1947 que Bouvard et Pécuchet s’inscrit parmi les grandes odyssées de la littérature - forcément profane.
Voilà qui donnerait bien à philosopher pour toute une génération fin de siècle hantée par le fait de devoir « réussir sa vie » plutôt que de la vivre.


mercredi 21 février 2007

La retraite de Nanar

Qu’il est malaisé de croire qu’une retraite s’improvise… surtout quand on vient de passer 40 années de sa vie à trimer sans compter. Sauf que voilà, en jeune retraité, Nanar se donne du mal pour savoir ce qu’il pourrait bien faire du haut de son immeuble parisien – à part compter les pigeons?
Locataire depuis toujours, il est le dernier « soixante-huitard » à s’être interdit tout instinct de propriété. Aujourd’hui, il le regrette peut-être un peu pour songer épargner a contrario. Mais n’est pas petit-bourgeois qui veut !
Heureusement que nous faisons de notre jardin une histoire de famille. Car, nous qui sommes si bricolos dans l’âme, on l’a convié à venir de temps à autre dans le Nord. Ainsi il pourra réaliser un vieux rêve de gosse : construire une cabane au fond du jardin. Ce qui est chose faite.
Merci à toi, vieux Chien mouillé !

lundi 19 février 2007

Briqueterie


Dans le jardin post-ouvrier, à la moindre ondée, tout devient glaise.
La brique provient de cette fameuse terre argileuse. Édifiant, tout ce qu’a pu bâtir ce petit parallélépipède rectangle, cuite au four ou séché au soleil, depuis l’Antiquité… La nôtre étant bien entendu industrielle! Puisque le mot nous vient du vieux néerlandais « bricke », j’en profite pour évoquer un court-métrage injustement méconnu, Klinkaart (La Briqueterie) du cinéaste belge Paul Meyer (1956):

http://www.nova-cinema.org/main.php?page=prog/94/courtsmeyer.fr.htm

Pourvu qu'avec le potager à venir, je ne bouffe pas des briques...

dimanche 18 février 2007

La brique, c'est chic?

Vous voyez la rue déserte avec ces autos endormies le long de la perspective. Le triste alignement des maisons imbriquées, toutes pareilles que seules les poubelles renversées par le vent parviennent à briser. Vous voyez… âme qui vive? Un matin comme celui-là quand d’un rayon la brique se réveille chaleureuse et illumine la vieille cité endolorie. Vous voyez … le soleil rougir les murs, ça vous change une ville.

samedi 17 février 2007

Jardin en hiver

Voici la gueule du jardin: une terre dévastée persillée jonchée de cailloux… Passation faite, demeurent deux probos (prolétaires bohèmes) qui se retrouvent bras ballants devant une parcelle en friche, accolée à une vieille usine en brique. Puisque l’hiver est là, comment ne pas s’engourdir par avance? Parce que nous justement, on n’est pas des manuels… Paradoxe qu’il faudra bien relever pour ceux qui ont toujours vécu dans un environnement intra-muros, pour ceux qui ont toujours activé leur méninges au détriment du reste… Et ce reste de sang paysan, quoi en faire si ce n'est de retrouver un peu de nos racines rurales mal’chez nous… La démangeaison, c’est bien de ça qu’il s’agit. A coup de bêche, transpirer de vie, faire corps avec la terre, visage en plein air, la pensée en-dehors de soi, quand passent les 4 saisons.